Aris Chatzistefanou
Traduction Vanessa de Pizzol pour Laiki Enotita Paris

La fuite de la transcription de conférence téléphonique[1] entre Poul Thomsen et Delia Velculescu peut ne pas présenter d’informations significatives aux yeux de ceux qui connaissent de l’intérieur la manière dont les grandes puissances se positionnent vis-à-vis de la Grèce.

Certaines positions se trouvent cependant confirmées, celles-là même que les principaux médias d’information et les politiques missionnés soit par Berlin soit par Washington, présentaient jusqu’à présent comme des théories du complot.

La fuite de cette transcription fait tomber les derniers masques tandis que l’identité des politiques et des journalistes en Grèce qui soutiennent les deux côtés est tirée au clair. Les communications et les commentaires des prochains jours seront indicatifs tandis que le fossé entre les Etats-Unis et l’Allemagne ne va cesser de se creuser.

Le virage du gouvernement Tsipras conduisant de l’« Atlantisme » à la « germanocratie » – virage qui a coïncidé avec l’éloignement Varoufakis-Panaritis[2] – reste sans doute le point essentiel pour saisir au mieux à travers ces commentaires :

Les éléments les plus significatifs de cette fuite
Les Etats-Unis s’attendent à une nouvelle faillite de la Grèce d’ici à juillet (qui s’accompagnera très probablement de quelques formes de panique bancaire) laquelle pourra faire avancer les décisions.
THOMSEN: What is going to bring it all to a decision point? In the past there has been only one time when the decision has been made and then that was when they were about to run out of money seriously and to default. Right?
VELCULESCU: Right!
THOMSEN: And possibly this is what is going to happen again. In that case, it drags on until July, and clearly the Europeans are not going to have any discussions for a month before the Brexits and so, at some stage they will want to take a break and then they want to start again after the European referendum[3].

Les opérations significatives du FMI et de l’UE s’effectuent au gré d’événements de crédit programmés ou prévisibles. En d’autres termes, ou ils provoquent une crise ou ils laissent évoluer une crise présumée à laquelle il faudra par conséquent faire face le cas échéant. La représentante du FMI en Grèce dit clairement qu’il faut qu’un événement se produise sans savoir encore quelle forme il prendra.

THOMSEN: But that is not an event. That is not going to cause them to… That discussion can go on for a long time. And they are just leading them down the road… why are they leading them down the road? Because they are not close to the event, whatever it is.
VELCULESCU: I agree that we need an event, but I don’t know what that will be[4].

Le FMI a entre les mains le rapport concernant la soutenabilité de la dette grecque (bien évidemment négative) qui n’apparaît ni comme un argument de poids face aux négociations ni comme un levier pour faire pression.

VELCULESCU : […] And the other question is about the DSA [Debt Sustainability Analysis] and whether we will put it out at some point[5].

Le gouvernement Tsipras aura besoin de trancher dans le vif (les retraités) s’il y a allègement de la dette (vous pouvez lire en ce sens l’analyse de Léonidas Vatikiotis qui a expliqué bien avant cette fuite le jeu établi entre l’UE et le FMI).

Le FMI pense que les éléments concernant l’évolution économique de la Grèce, présentés par l’UE et le gouvernement grec, ne correspondent pas à la réalité. Pour finir, le gouvernement Tsipras ne semble absolument pas prendre une part active à l’essentiel des négociations pour l’avenir de la Grèce, puisqu’il ne discute pas de l’éventualité du non-remboursement de cette dette illégitime.

[1] https://wikileaks.org/imf-internal-20160319/

[2] Le 1er juin 2015, Elena Panaritis, pressentie par le ministre des Finances alors en charge, Yanis Varoufakis, pour devenir représentante de la Grèce au FMI, renonce à ce poste. NdT

[3] « Qu’est-ce qui peut permettre d’en arriver à une telle décision ? Cette décision n’a été prise qu’une seule fois par le passé, et c’était au moment où ils risquaient vraiment d’être à court d’argent et de ne pas pouvoir honorer leurs engagements, non ? – Tout à fait. – Et c’est bien ce qu’il risque de se produire à nouveau. Dans ce cas, ça va traîner jusqu’en juillet et clairement, les Européens ne vont pas en discuter au cours du mois avant le Brexit, et donc ils voudront prendre leur temps et recommencer après le référendum européen ». NdT

[4] « Mais il ne s’agit pas d’un événement. Ce n’est pas ça qui va les conduire à… cette conversation peut durer encore longtemps. Et ils les laissent continuer dans la même direction… Pourquoi les laissent-ils continuer dans la même direction ? Parce que l’événement qui doit se produire, quel qu’il soit, n’est pas pour tout de suite. – Je suis d’accord sur le fait qu’il doit se passer quelque chose, mais je ne sais pas quelle forme cela prendra ». NdT

[5] « L’autre point concerne l’analyse de la soutenabilité de la dette (DSA), et si la question sera abordée un jour ou l’autre ».NdT

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